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Largotec'Infos n°13 - Mai 2012

Recherche scientifique, indicateurs d'évaluation et accélération sociale

 Editorial

Comme beaucoup, les chercheurs et les laboratoires de recherche doivent composer avec leur environnement même si cela leur pose des problèmes particuliers.
L’évaluation par différentes institutions (les universités, l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur - l’AERES – ou le ministère) et la pression médiatique à la recherche d’experts capables de donner des explications simples et rapides à des problèmes complexes constituent ainsi des pesanteurs parfois difficiles à gérer. Il est pourtant normal que les travaux des chercheurs financés par l’argent public soient évalués comme il est souhaitable que les travaux scientifiques débouchent sur des vulgarisations à destination du grand public. Il faut donc faire avec ces réalités contradictoires.
Cela suppose d’abord de fonctionner avec des modalités d’évaluation du travail scientifique qui ne cèdent pas à la religion du quantitatif et d’affirmer que la publication d’articles dans des revues « étoilées » par le CNRS ou d’autres institutions ne peut pas être le seul critère de qualité du travail des chercheurs. Cela nécessite de résister aux incitations d’une société « malade de la gestion ». Si l’on peut comprendre que soit mis en question le travail d’un chercheur qui ne publierait jamais d’article ou d’ouvrage, il faut aussi savoir que certains travaux se prêtent plus que d’autres à la publication.
Ajoutons que le temps de maturation doit être laissé entre le début d’un travail de recherche et la possibilité de produire des résultats.
Cela nous amène au second problème posé par le « culte de l’urgence » qui tend à limiter le temps de la réflexion, de l’enquête, de la confrontation entre hypothèses à tester et données recueillies, de l’étude, de l’interprétation, de l’analyse, de la confrontation avec d’autres chercheurs au cours de journées de travail, de séminaires et de colloques, étapes absolument indispensables au sérieux des recherches dans les sciences humaines et sociales comme celles pratiquées au sein du LARGOTEC.
Cela reste vrai en dépit des gains de temps que permettent certaines innovations techniques qui, en retour, poussent les individus et les organisations à accélérer sans cesse leurs rythmes de travail et de publication. Il nous faut du temps pour travailler avec rigueur malgré les incitations inverses du contexte actuel de la « société de l’accélération ».
Dominique Glaymann, Sociologue, chercheur au LARGOTEC
  • Dates
    Créé le 31 mai 2012