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Le piège de l'employabilité

Publié le 30 mars 2018

Un ouvrage de Dominique Glaymann, professeur en sociologie.

Date(s)

le 21 septembre 2017

L’employabilité est de plus en plus présente dans le langage médiatique,
politique, syndical ou patronal. Favoriser, améliorer, développer
l’employabilité est devenu un leitmotiv des politiques de l’emploi françaises
et européennes, une incantation des employeurs, un objectif prioritaire
des conseillers de Pôle emploi et un devoir assigné aux chômeurs et
aux salariés. Déjà présente dans les années 1920-1930, la référence à
l’employabilité est aussi réactualisée par nombre de chercheurs en gestion,
en économie et en sociologie, mais aussi en droit, en science politique et
en sciences de l’éducation. Comment cette notion a-t-elle été construite
? Par qui et dans quels contextes sociaux ? Quels sens lui donnent ceux
qui l’utilisent et à quelles fins la mobilisent-ils ? Au-delà de ces questions,
l’ouvrage interroge les usages sociaux de l’employabilité en montrant
comment s’y référer affecte les politiques publiques, le recrutement, la
formation et l’insertion dans l’emploi, l’accompagnement des demandeurs
d’emploi.

Les auteurs questionnent en outre la portée symbolique et la pertinence
scientifique de la notion d’employabilité en discutant son utilité pour
comprendre le fonctionnement de l’emploi. Ils montrent que cette notion
conduit fréquemment à rendre les chômeurs et les personnes mal insérées
dans l’emploi responsables de leur situation. Si ce terme polysémique peut
recéler plusieurs usages, dans le contexte de chômage massif structurel
et compte tenu du fonctionnement de l’emploi, raisonner en termes
d’employabilité apparaît finalement plus illusoire qu’opératoire. Cela risque
d’enfermer dans un double piège : stigmatiser les chômeurs et persister
dans les politiques d’emploi sans résultats face au chômage. Sans modifier
les modalités d’usage de la main-d’oeuvre, sans augmenter d’une façon ou
d’une autre le nombre d’emplois, prétendre améliorer l’employabilité de
chacun risque d’avoir pour effet de modifier l’ordre de la file d’attente et
d’aggraver l’individualisme et la concurrence au sein du salariat.

Auteur : 

Dominique Glaymann, professeur en sociologie, université d'Evry (LIPHA).