Vous êtes ici : Accueil FRPublicationsLargotec'Infos

  • Recherche,

Largotec'Infos n°8 - Septembre 2010

La gouvernance en actes

Editorial

La gouvernance apparaît souvent comme un terme flou voire un simple objet de mode. Sans vouloir céder aux facilités et aux mirages de la réification, elle constitue surtout un outil pertinent pour comprendre certaines politiques publiques. Ainsi en est-il des politiques sociales, de leur pilotage et de leur mise en oeuvre dans notre pays. Cette illustration quasi parfaite de la gouvernance multi niveau, impliquant notamment les communes, les conseils généraux, l’État et la sécurité sociale, n’est pas sans poser des problèmes classiques parmi lesquels celui de la coordination entre acteurs. Les chevauchements de compétences, les incompréhensions « culturelles » entre acteurs aux traditions différentes, les conflits politiques sont des sources importantes de difficultés qui nous rappellent qu’une politique publique n’est pas d’abord une « réponse à un problème » mais avant tout une politique menée – au mieux - au nom d’une certaine idée de l’intérêt général parmi d’autres conceptions de celui-ci.

C’est précisément la perception de ces difficultés qui a conduit l’Ecole nationale supérieure de la sécurité sociale (l’EN3S) à solliciter le LARGOTEC pour mener une étude de 18 mois pilotée par Vincent de Briant. Cette étude a pour titre « Pour un nouveau référentiel des actions communes et des situations de co-administration entre le service public de sécurité sociale et les collectivités territoriales ». Elle entend identifier et qualifier les relations entre ces différents acteurs parmi lesquels l’État, dresser un état des lieux des représentations réciproques et des pratiques développées, et bien sûr formuler certaines préconisations.

Ce terrain de recherche est passionnant pour un laboratoire de recherche sur la gouvernance à plus d’un titre : d’abord, son poids financier (550 milliards d’euros soit 31% de notre PIB), ensuite sa dimension politique, elle façonne notre société, notre façon de vivre ensemble et nous renseigne, au-delà de tous les discours, sur les valeurs qui nous unissent – ou pas –, enfin sa complexité institutionnelle qui constitue un véritable défi pour l’analyse scientifique.

Cette importante recherche n’est pas la seule que nous menons au sujet de la gouvernance en actes : la LOLF nous semble également un enjeu essentiel de gouvernance parce qu’au-delà de sa dimension technique, sa nature est fondamentalement politique. Aussi lançons-nous un programme de recherche intitulé « De la gouvernance de la LOLF à la LOLF dans la gouvernance. Quel pouvoir de la norme budgétaire dans l’action publique ? » piloté par Jean- François Picard et Xavier Pons. Il s’agit d’étudier la LOLF en croisant différentes disciplines afin de mesurer au mieux l’impact de cette réforme : est-elle la révolution vantée par certains, est-elle une manifestation néolibérale dénoncée par d’autres ou est-elle une pièce dans l’élaboration de nouveaux rapports de forces au sein de la gouvernance de l’État ?

Au-delà de ces recherches, la gouvernance en actes est aussi étudiée par des ouvrages comme celui de notre collègue Xavier Pons intitulé « Évaluer l’action éducative. Des professionnels en concurrence » qui vient de paraître aux PUF. Il analyse la compétition que se livrent les inspecteurs généraux de l’Éducation nationale, les statisticiens du ministère ou les experts de l’OCDE et, à travers elle, la lutte pour l’imposition de la « bonne » connaissance à destination des décideurs.

Décidément la gouvernance est bien affaire de pouvoir(s) dans tous les domaines. Ce constat somme toute banal rappelle l’importance que revêt son analyse dans les termes des sciences du politique.

Yves Palau, Directeur du Largotec

  • Dates
    Créé le 1 octobre 2010