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Réunion du séminaire mensuel du LIPHA. Intervenant : Bertrand QUENTIN, à propos de son livre "Les invalidés. Nouvelles réflexions philosophiques sur le handicap", Erès, 2019.

Publié le 18 octobre 2019

Animé par : Emilie Frenkiel.

Date(s)

le 10 octobre 2019

La matinée, sur le site de l'UPEM, Bât Bois de l'Etang.
Bertrand QUENTIN inaugure le Séminaire mensuel du LIPHA en 2019-2020 par la présentation d’un aspect de son nouvel ouvrage (Les invalidés. Nouvelles réflexions philosophiques sur le handicap, érès, 2019). Après avoir commencé par revendiquer un « polythéisme méthodologique » (aucune méthodologie ne lui semble suffisante à elle seule pour rendre compte de tous les aspects de l’homme. Il puisera donc dans les ressources de la phénoménologie, de la psychologie, de la sociologie, de l’économie etc.) il se concentre sur un aspect de son livre : peut-il y avoir une identité groupale des personnes handicapées ? Y a-t-il une identité handicapée ? Les handicapés existent-ils ?
Le mot « identité » s’avère apparaître dans deux types de discours, celui des acteurs, des militants et dans celui des chercheurs qui l’utilisent à des fins d’analyse. Un conflit entre ces deux emplois apparaît si l’on se soumet à une norme unique de vérité. L’efficacité associative n’est pas la visée du chercheur et pourtant ce dernier ne peut que constater une réalité performative de la croyance au groupe. Y a-t-il un concept robuste du handicap ? Il y a une convergence d’intérêt en terme anglo-saxon de lobbying et il y a production réelle d’une identité énergisante de militance commune. La contradiction peut néanmoins exister entre ces différentes conceptions. Le but est-il d’affermir son identité de groupe oppressé pour en tirer des avantages sociaux ou vise-t-il à diluer cette identité de groupe pour une assimilation citoyenne sans essentialisation de notre différence ?
Le handicap est un concept relatif, une situation qui s’accroît ou diminue selon le degré d’investissement d’une société à son égard. Plus on vit dans une société qui n’a aucun recul par rapport à la part de relativisme qui la conditionne, plus le handicap sera une réalité essentialisée. Inversement, une société qui a compris l’impact de son modèle social peut déréaliser le handicap. Mais cela ne se fera pas de manière absolue. Le réel résiste. Il reste un peu de souffrance dans le handicap, toujours non soluble dans l’organisation sociale la mieux pensée. Faire du handicap seulement une « fiction sémantique » produite par notre société, c’est occulter la résistance du réel, l’oppression que peut constituer une souffrance naturelle par delà l’oppression qui ne serait issue que de la société. Il nous faut prendre acte qu’il y a une souffrance non soluble dans la disparition des marqueurs sociaux du handicap. C’est pourquoi Bertrand QUENTIN continuera à préconiser une approche du handicap qui soit multifactorielle.